Madame Bovary 235-310 – La performativité

Je n’ai pas une conclusion définitive du rapport entre le personnage d’Emma Bovary et les actes performatifs, mais en relisant ce texte j’avais l’impression qu’Emma s’intéresse principalement aux actes plutôt que les idées auxquelles ces actes appartiennent. J’utilise acte performatif à la place d’« acte de langage » d’Austin parce que cette performativité d’Emma ne se délimite pas aux actes parlés ou écrits. Je pensais souvent au concept d’acte de langage de J. L. Austin en lisant Madame Bovary et je trouve que cette idée me permet d’analyser plus profondément la psyché d’Emma. Les différences entre Rodolphe et Emma créer deux rapports distincts à la performativité. Emma est incapable de distinguer entre un concept et ses actes, un aspect de sa caractérisation qui devient une faiblesse.

La première fois que j’ai lu Madame Bovary, j’ai détesté Rodolphe en tant que personnage, mais c’était une lecture assez naïve. Car cette fois je trouve que j’ai développé une appréciation de Rodolphe grâce à sa connaissance du vide fondamental des actes performatifs. Cela ne l’empêche pas de s’amuser à ces actes, mais il distingue entre un concept et son acte. Il reconnaît, par exemple, que les mots ne peuvent jamais construire l’amour où il ne se trouve pas. Les actes sont creux au fond. Par exemple, il pense à ses autres relations amoureuses et au rôle des mots performatifs : « Parce que des lèvres libertines ou vénales lui avaient murmuré des phrases pareilles, il ne croyait que faiblement à la candeur de celles-là ; on en devait rabattre, pensait-il, les discours exagérés cachant les affections médiocres… » (265). Les actes performatifs fonctionnent d’une manière superficielle ; donc on peut jouer dans la sphère performative sans changer la réalité fondamentale des choses. Cette espace permet à Rodolphe d’éviter toute confrontation avec Charles parce qu’ils agissent dans deux domaines distincts. Rodolphe semble peu perturbé par Charles : « Si elle avait parlé sérieusement, cela était fort ridicule, pensait-il, odieux même, car il n’avait, lui, aucune raison de haïr ce bon Charles, n’étant pas ce qui s’appelle dévoré de jalousie ; et, à ce propos, Emma lui avait fait un grand serment qu’il ne trouvait pas non plus du meilleur goût. » (241)

Cependant Emma traite ces actes performatifs comme un moyen véritable de réaliser ses idées, soit de l’amour soit de la religion, sans y réfléchir de leur vide intrinsèque. Elle pense qu’il est possible de faire surgir des sentiments de ces actes. Il y a donc une confusion entre un acte et sa signification chez Emma. Il y a plusieurs exemples de cette confusion, comme ses efforts d’aimer Charles à la première partie du texte, mais le prie-Dieu est peut-être l’exemple le plus explicit: « Quand elle se mettait à genoux sur son prie-Dieu gothique, elle adressait au Seigneur les mêmes paroles de suavité qu’elle murmurait jadis à son amant, dans les épanchements de l’adultère. C’était pour faire venir la croyance… » (293). Malgré l’échec de son effort de faire venir la croyance, Emma continue de réaliser des concepts par des actes performatifs. Emma croit vraiment que ces actes peuvent donner une présence aux idées et aux concepts assez vagues que la croyance, l’amour, la passion, etc. Elle pense que l’amour exige des grands éprouves comme la scène où elle demande à Rodolphe s’il a des pistolets. Sa préoccupation aux éprouves de l’amour la rend dangereuse, et par conséquent je ne pense pas que Rodolphe a tort de la quitter. Sa haine de son mari peut être comprise comme son manque des actes performatifs. Il devient évident que Charles aime Emma parce qu’il essaie de prendre soin d’elle, mais ses actions ne suffisent pas. Emma exige des actes performatifs à la place de vrais actes d’amour comme les efforts de Charles de soigner les maladies d’Emma tout le long du roman.

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