Combray – 45 à 87

L’usage d’imparfait de Proust fonctionne à créer une synesthésie temporelle entre le présent décrit et le passé décrit. Il profite de la capacité de l’imparfait d’être utilisé pour des descriptions et aussi pour décrire les actions habituelles. L’imparfait lie le présent au passé, jusqu’au point où les deux s’entremêlent entièrement. La manière dont Proust change entre l’imparfait et le passé simple trouble la temporalité du récit, parce que les moments instantanés semblent durer longtemps dans l’imparfait et les habitudes semblent transitoires au passé simple. Il devient difficile de distinguer entre le présent et le passé qui cherche à décrire le présent. Le passé paraît d’insister de renaître au présent dans les descriptions. Bien que le récit avance, les descriptions sensoriales créent un décalage temporel. Les descriptions orientent le récit vers le passé car chaque instant se lie aux expériences du passé. Le présent donc paraît comme un nœud des plusieurs fils du temps, que tout voie mène au présent. Cette union du présent et du passé résiste au modèle de temporalité linéaire. Il y a un flux et un reflux du temps au roman.

Cette fluctuation crée un dédoublement de chaque personnage. Le soi du présent n’est qu’un amalgame des sois passés. Il ne s’agit pas d’un développement continuel de l’individu. Les points de vue et la mutabilité de l’individu troublent la capacité de voir le présent. Par exemple, la grand-tante du narrateur est peu capable de reconnaître le Swann du présent à cause de sa vision fixe du Swann auparavant : « Ma grand-tante avait tellement l’habitude de voir toujours en Swann un même adolescent, qu’elle s’étonnait de le trouver tout à coup moins jeune que l’âge qu’elle continuait à lui donner. » (77) Cette habitude ne paraît pas unique, mais elle accentue le dédoublement de Swann qui est déjà établit au texte. Le narrateur parle de la mutabilité de Swann plus tôt quand il décrit le changement de sa connaissance de Swann au fil du temps : « …que ce Swann-là devenu un être complet et vivant, et j’ai l’impression de quitter une personne pour aller vers une autre qui en est distinct, quand, dans ma mémoire, du Swann que j’ai connu plus tard avec exactitude je passe à ce premier Swann… » (62). Une personne n’est donc incomplète mais elle est toujours multiple. Ce flux exige que à tout moment un individu ne peut pas représenter l’infini de lui-même. L’idée m’a fait penser à celle d’Héraclite qu’« on ne baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »

Tout au roman semble laisser par le courant du temps ; le narrateur nous rappelle au fur et à mesure que les personnes et les lieux changent continuellement. La scène où la mère du narrateur lui lit des romans crée une juxtaposition entre le roman dans ce de Proust. Elle fonctionne comme une mise en abîme des modèles temporels où on peut comparer la croyance du jeune narrateur à celle du narrateur qui nous parle. L’histoire pour le jeune narrateur est un monde clos : « à moi qui considérais un livre nouveau non comme une chose ayant beaucoup de semblables, mais comme une personne unique, n’ayant de raison d’exister qu’en soi – une émanation troublante de l’essence particulière… » (85). Le narrateur du présent romanesque résiste cette idée de l’essence, en préférant de voir tout instant comme crée par sa situation. Un livre même ressemble aux autres livres et se développe en relation aux autres livres. (Cela explique peut-être quelques allusions aux autres textes que Proust fait.)

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